C Conditions de travail : charge de travail
avatar Adjointe dans le 01 - Ain
Le 24/11/2019 à 17:16:28
Exerce en élémentaire Expérimenté-e

Voici une journée ordinaire, d'une enseignante ordinaire.

mardi 15 octobre

Il est 7h20, j'arrive sur le parking de l'école, il fait nuit. Il n'y a toujours pas d'éclairage mais heureusement, je ne suis pas la première dans l'école.

Je vais mettre en route la salle informatique pour vérifier que tout fonctionne. Hélas, je n'ai pas la clé de cette salle (j'en ai pourtant 3 déjà: le portail, la porte d'entrée et ma salle de classe; mais il n'y en a qu'une qui ouvre la salle informatique, il faut aller la chercher dans une autre salle, fermée à clé...) Nous avons pourtant demandé à avoir un passe, comme les femmes de ménage.

Il est 7h50. Avant l'arrivée des élèves, plusieurs collègues vont passer dans ma classe pour me raconter un problème avec un élève, des parents, la hiérarchie,... ça fait du bien d'échanger.

Il est 8h10, je prends connaissance de mes mails professionnels: il y en a 22 depuis hier matin, dont un qui m'informe que je serai en formation (non choisie) mercredi prochain, toute la journée. Ce n'était pas prévu, il va falloir s'organiser dans l'urgence et reporter les rendez-vous personnels.

Il est 8h30, les élèves arrivent. Il faut que je pense à ramasser l'argent de la tombola pour le Sou des Ecoles.

Une nouvelle élève est là: elle arrive de Mongolie et ne parle aucun mot de français. Ce n'était pas prévu. Il va falloir aller chercher une table supplémentaire à la cave. Il faut aussi que je voie la collègue d'UPE2A dès ce soir.

Il est 9h45, je suis en pleine explication d'une consigne quand j'entends frapper aux vitres extérieures: c'est le livreur de fournitures pour mon collègue. Il faut que je laisse la classe pour aller lui ouvrir et signer le bon de livraison. Ça me fait penser qu'il faut que je finisse ma propre commande.

C'est l'heure de la récréation. Pas de pause, la surveillance doit être constante. Il faut pourtant trouver quelqu'un pour assurer le service, le temps d'aller aux toilettes (que nous partageons avec les 200 élèves de l'école, personne n'a pensé à réserver des toilettes pour adultes)

Il est 10h50. Kléa ne se sent pas bien. Elle semble avoir de la fièvre. Il faudrait appeler les parents mais je ne peux pas laisser ma classe pour aller dans le bureau de direction pour téléphoner. Il va falloir qu'elle attende l'heure de la sortie. Pourvu qu'elle ne vomisse pas comme la dernière fois: il a fallu changer l'élève et nettoyer le sol...

Il est 11h45, personne ne vient chercher Noa. J'attends avec lui au portail jusqu'à midi. J'allais remonter appeler les parents quand la maman arrive. Pas de remerciements ou d'excuses, comme s'il était normal que je reste pour chacun.

Il est midi, je dois voir la collègue d'ULIS pour parler de l'inclusion de Gabriel. Il faut que je fasse passer l'information aux parents pour le basket qui commence dans 2 semaines. J'espère que notre projet sera validé car il nous a pris du temps de rédaction.

La directrice m'annonce que je dois rappeler l'orthophoniste de Farès.

12h20, je monte voir s'il y a de la place dans notre minuscule cuisine. Depuis plusieurs années, tout le monde reste sur place pour déjeuner. J'en profite pour voir la collègue de CM1 pour cadrer les horaires de notre projet de travail de groupes en lecture.

12h45, je vais installer les tapis dans la salle plurivalente pour le sport. La directrice arrive pour me prévenir que nous avons enfin une date pour le passage des agréments piscine pour les parents bénévoles. Chaque année, c'est la course pour trouver des parents qui veulent bien prendre sur leur temps (de travail parfois!) pour nous accompagner. Il est difficile d'exercer son métier quand certaines activités reposent sur des bénévoles.

Il faut que je me dépêche de faire quelques corrections avant la reprise car ce soir, j'ai une réunion.

13h30, je suis de service de cour. Il faut que je voie la maman de Lamia pour lui demander de m'accompagner à la bibliothèque municipale.

14h45: activité peinture. Heureusement, cette année j'ai changé de classe et j'ai un évier. C'est plus pratique.

La journée se termine bientôt. Le temps passe vite quand il faut caser: l'anglais, l'éducation aux médias et à l'information, les démarches scientifiques pour questionner le monde, l'enseignement moral et civique, l'éducation au patrimoine, la culture artistique, ... C'est lourd pour des CP. On a toujours le sentiment de ne pas faire assez. C'est décourageant. Et régulièrement, on en rajoute. C'est parler des "journées de..."

17h: réunion avec l'enseignante RASED. Elle est seule et nous informe qu'elle ne sera là qu'un jour par semaine. Les demandes d'aide sont pourtant nombreuses. La psychologue (encore une nouvelle contractuelle) ne fait plus que des réunions et de la gestion de dossiers.

Il est tard. Il faut partir avant que le chauffage ne se coupe. Une collègue vient me voir: la journée a été difficile. Je ne peux même pas lui conseiller de se tourner vers la médecine du travail qui n'existe pas.

Heureusement, demain c'est mercredi. Je vais pouvoir finir mes corrections, laver les pinceaux, préparer la visite du musée pour notre prochaine sortie, finaliser ma commande de fournitures, couvrir quelques livres pour la BCD, trouver des idées pour le marché de Noël, ...

Et le pédagogique dans tout ça? C'est comme si on nous noyait sous les injonctions, sans qu'on prenne le temps de réfléchir, de prendre du recul.

C'était une journée ordinaire, sans cas particulier.