Bernard Lahire «L'école à la maison : un risque de déflagration pour les plus démunis»

Mis à jour le 26-04-2020 à 16:20:52
Le sociologue Bernard Lahire, professeur de sociologie et auteur d’« Enfances de classe – De l’inégalité parmi les enfants » décrypte les conséquences prévisibles de l’école à la maison : « un risque de déflagration pour les plus démunis ».

Dans un entretien accordé à Mediapart, le sociologue Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’École normale supérieure de Lyon et auteur du très remarqué Enfances de classe – De l’inégalité parmi les enfants (éditions du Seuil), radiographie des inégalités scolaires, n’est pas étonné que la « continuité pédagogique » voulue par ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer soit difficile.

Il explique à Mediapart pourquoi l’école à distance risque de créer des difficultés à ceux qui sont déjà les plus fragiles.

Pourquoi ce confinement a-t-il des conséquences particulières sur les enfants des familles les plus modestes ?

Bernard Lahire : Le problème énorme qui surgit en cas de confinement, c’est le fait que le repli sur la sphère familiale et domestique conduit à une accentuation des inégalités de départ. Car les enfants des familles défavorisées ne vivent bien souvent les apprentissages de type scolaire qu’à l’école : leurs parents ne sont pas très diplômés, ils ne sont pas habitués à transmettre pédagogiquement les savoirs scolaires, et une partie d’entre eux ne savent pas lire ou écrire.
Pour ces enfants, il n’y a qu’à l’école qu’ils entrent en interaction avec des adultes pouvant les faire entrer dans les savoirs scolaires. Même si l’école reproduit les inégalités de départ, cela reste un lieu de transmission où l’on apprend des choses et où sont parfois contrariées les logiques de reproduction.


Pourquoi l’école à distance ne suffit-elle pas ?

Même si ces enfants ont accès à Internet, ce qui est loin d’être le cas de tous, le lien avec l’école se distend s’ils n’ont pas de présence adulte encadrante, tutorante. Les enfants sont davantage happés par la réalité familiale avec toutes les difficultés sociales et culturelles qui lui sont propres.

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